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Section Sauvagine
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Chasse aux oiseaux migrateurs à l’ancienne Par Ghislain



Lorsque j’habitais à Port-Meunier sur l’Île d’Anticosti et à Sept-Îles la chasse que je pratiquais le plus souvent était celle aux oiseaux migrateurs à l’ancienne. Elle s’étendait du milieu septembre jusqu’à la fin février. Je parle ici de trente années passées.

Je vous raconte quelques expériences vécues; mon père, mon frère ainé et moi avions construit une embarcation à clan avec bout carré à l’arrière et pointue à l’avant de 10 pieds de long par 5 pieds de large pouvant résister au climat ardu du golfe St-Laurent. Comme j’étais le plus jeune mon travail consistait à m’occuper de la chaloupe, ce qui voulait dire; aller installer les appelants, courir ou plutôt ramer après les gibiers blessés et récupérer les oiseaux morts autrement dit, j’étais celui qu’on surnommait amicalement le chien de chasse.

Vers quatre heures du matin si la température le permettait nous nous installions dans les tranchés naturels que le vent et les marées avaient sculptés dans les récifs en bordure de l’océan. Je partais donc à la rame au travers la houle (vague) et la noirceur installer les 4 douzaines d’appelants de conceptions artisanales à une distance de portée de fusil du récif qui nous servait de cache. À l’embouchure du golfe St-Laurent nous étions à la merci du vent car dépendant du sens et de l’intensité du vent nous ne pouvions pas chasser de cette façon tous les jours, car les tempêtes, à l’automne, étaient monnaie courante. Mon père m’éclairait du récif et me guidait pour juger la distance exact ou serait installé les ‘’DECOYS’’. Nous devions installer des grappins (ancres) de 15 livres à chaque bout de la corde principale pour retenir les appelants car le courant des marrées étaient si fort que les pesée ordinaire des appelants n’auraient pas suffit à les retenir. Une fois ce ‘’set up’’ complété je revenais cacher la chaloupe à l’abri et je rejoignais mon père et mon frère dans la cache où nous attendions le levé du soleil. Si vous êtes frileux cette chasse n’est pas pour vous car en plus de la température froide, le vent glacial de l’océan nous devions aussi endurer l’eau salée qui nous éclaboussait dans le visage. Imaginez maintenant cette même chasse au mois de janvier au travers la glace et la slush car en effet, en ces temps là nous pouvions chasser jusqu’à la fin février et combien de fois nous avons quitté les réveillons de la nuit de Noël et du jour de l’an pour pouvoir être à nos postes de guets le 25 décembre et le premier de l’an au matin.

Les espèces que nous récoltions étaient; le canard eider localement appelé moïacs, la macreuse à front blanc localement nommé sac à plomb, la macreuse à ailes blanches, le kakawis, les garrots et morillons, les becs scies, les outardes, les sarcelles, les pilets et les canards noirs. Il y a quelques années nous avons commencé à récolté à l’occasion des malards et des oies blanches.

Quel spectacle que d’apercevoir au levé du jour des bandes composé de centaines d’oiseaux venir passer au-dessus de nos appelants et souvent il suffisait que d’une ou deux passes pour récolter nos limites quotidiennes.
Comme nous étions au niveau de la mer, des fois il fallait attendre entre deux vagues pour tirer car la houle faisait un écran entre les gibiers et les chasseurs.

D’autres fois si le vent était face à nous et lorsque nous tirions les oiseaux venaient littéralement s’écraser sur les parois rocheuses à coté de nous et ça pouvait être dangereux car un oiseau qui arrive à 40 miles à l’heure ça fait tout un impact.

Si nous n’avions pas atteint notre limite, vers 10 heures du matin nous ramassions notre équipement pour retourner au chalet avaler un copieux repas, nous réchauffer et faire une petite sieste. Dans l’après-midi nous allions nous installer en bordure de lacs dans les marécages pour attendre les canards noirs, canards pilet, sarcelles, garrots, morillons ou outardes. Je ne sais pas si vous avez déjà marché dans les marais de la Côte-Nord mais c’est très différent de ceux de la région de Montréal et Québec. En effet las marécages de la Côte-Nord on pour défaut que lorsque qu’on y marche on se sent comme un astronaute qui marche sur la lune mais l’effet de l’apesanteur n’est pas là. On a l’impression de caller mais sans s’enfoncer et ensuite lorsqu’on essaie de faire le prochain pas on a l’impression d’essayer d’enjamber une clôture ce qui a pour effet de nous faire croire qu’on a marché 10 kilomètres alors qu’on en réalité on en a marché seulement qu’un.
C’est très épuisant et on découvre des muscles qu’on ne savait pas qu’on avait.

Que de beaux souvenirs!!!!!


Ghislain
20 mai 2008